Accessibilité des sites de mairies : ce que montrent 168 pages d'accueil
Par Mohammed Ouinas, publié le .
En octobre 2026, AANC a analysé la page d'accueil de 168 sites de communes françaises, tirées au hasard dans l'Annuaire de l'administration. L'objectif n'était pas de montrer du doigt telle ou telle mairie, mais de prendre une photo de la situation. Aucune commune n'est nommée ici.
Neuf sites sur dix n'affichent pas leur niveau d'accessibilité
Depuis la loi du 11 février 2005 (article 47), tout site public doit afficher sur sa page d'accueil une mention du type « Accessibilité : non conforme », « partiellement conforme » ou « totalement conforme », avec un lien vers une déclaration d'accessibilité.
Sur 168 pages d'accueil :
- 149 ne portent aucune mention, soit près de neuf sur dix ;
- 6 se déclarent partiellement conformes ;
- 3 se déclarent non conformes ;
- pour les 10 dernières, l'analyse n'a pas pu conclure.
Aucune ne se déclare totalement conforme.
Cette mention est la partie la plus simple de l'obligation : une ligne de texte et un lien. Son absence indique le plus souvent que la question de l'accessibilité n'a pas encore été posée.
Les trois défauts qui reviennent le plus
Sur chaque page, nous avons relevé les défauts les plus fréquents détectés par une analyse automatique. Trois d'entre eux dominent largement.
- Des textes pas assez contrastés (critère RGAA 3.2) : au moins 111 sites sur 168, soit deux sur trois, avec près de 1 300 éléments concernés. Un texte gris clair sur fond blanc est difficile à lire pour une personne malvoyante, mais aussi pour n'importe qui sur un téléphone en plein soleil.
- Des liens sans texte (critère RGAA 6.2) : au moins 81 sites, soit près d'un sur deux. C'est typiquement une icône ou une image cliquable sans intitulé. Un lecteur d'écran annonce alors « lien », sans dire où il mène.
- Des images sans description (critère RGAA 1.1) : au moins 32 sites, soit près d'un sur cinq. La personne aveugle ne sait pas ce que montre l'image, ni si elle est importante.
Viennent ensuite les boutons sans intitulé (21 sites) et les liens que seule la couleur distingue du texte (13 sites).
Nous écrivons « au moins », car seuls les défauts principaux de chaque page ont été comptés.
Ce que ces chiffres ne disent pas
Une analyse automatique ne voit qu'une partie des problèmes. Elle ne sait pas dire si un formulaire de demande d'acte est utilisable au clavier, si un menu se déplie correctement avec un lecteur d'écran, ou si un document PDF du conseil municipal est lisible. Ces vérifications demandent un test manuel, fait par une personne qui utilise réellement ces outils.
Nous n'avons regardé que la page d'accueil. Les démarches en ligne, souvent fournies par des prestataires différents, réservent d'autres surprises.
Ce que ça fait, de l'autre côté de l'écran
Je suis non-voyant et je navigue au lecteur d'écran. Tomber sur un lien sans texte ou un formulaire inutilisable, c'est vraiment frustrant. Sur un site de commerce en ligne, la suite est simple : je pars, et je vais acheter chez un concurrent dont le site est plus accessible.
Avec une mairie, ce n'est pas possible. On ne change pas de commune pour demander un acte de naissance ou inscrire son enfant à la cantine. Quand le site ne fonctionne pas pour nous, il reste le téléphone, le déplacement, ou l'aide d'un proche. C'est exactement ce que l'accessibilité doit éviter.
Un exemple qui m'a marqué : une grande application d'identité numérique, celle qui sert à prouver son identité pour des démarches officielles. Au moment de saisir le code secret, mon lecteur d'écran ne lit pas les touches. Saisir un code, c'est une chose simple, et elle reste inaccessible pour nous. Dans ces moments-là, on a l'impression de compter pour du beurre.
Et on se dit qu'en 2026, il y a encore beaucoup de retard. Pourtant, nous sommes à l'ère de l'intelligence artificielle et de la modernité : les outils pour bien faire existent, il reste à s'en servir.
Par où commencer quand on est une petite commune
- Afficher la mention et publier une déclaration, même si le site n'est pas conforme. Dire où l'on en est vaut mieux que ne rien dire.
- Corriger les trois défauts ci-dessus. Ils se règlent souvent en quelques heures avec le prestataire du site.
- Inscrire l'accessibilité dans le cahier des charges avant toute refonte. C'est le moment où elle coûte le moins cher.
- Faire tester les démarches essentielles par une personne utilisatrice de lecteur d'écran.
AANC accompagne les collectivités sur ces quatre étapes : écrivez-nous, ou découvrez notre veille accessibilité mensuelle.
Notre méthode
- 168 pages d'accueil de sites communaux, analysées entre le 2 et le 12 octobre 2026.
- Communes tirées au hasard, département par département, parmi celles qui publient un site et une adresse de contact dans l'Annuaire de l'administration.
- Analyse automatique des critères du RGAA détectables par un outil, et recherche de la mention d'accessibilité sur la page d'accueil.
- Les constats ont été communiqués par courriel à la grande majorité des mairies concernées.
Mohammed Ouinas est consultant en accessibilité numérique et fondateur d'AANC. Non-voyant, il teste les sites au lecteur d'écran.